Retour sur la restauration minutieuse d'une pinasse du début du XXe siècle, menée par les bénévoles de la Méridienne au cœur du port d'Andernos-les-Bains.
Il y a quelque chose d'émouvant à voir une vieille pinasse sortir de l'eau après des décennies d'abandon. Quand La Buch nous a été confiée par la famille Deyres au printemps 2024, la coque présentait des fractures longitudinales importantes, deux membrures brisées et un bordé tribord gorgé d'humidité. Pour beaucoup, c'était une épave. Pour nous, c'était un récit à reprendre là où il s'était interrompu.
La pinasse est l'embarcation emblématique du Bassin d'Arcachon. Fine, légère, à fond plat, elle a été pendant plus d'un siècle l'outil quotidien des ostréiculteurs et des pêcheurs du nord du bassin. La Buch, construite vers 1923 dans un chantier de Biganos d'après les inscriptions retrouvées sur la quille, mesurait à l'origine 7,80 mètres. Elle a servi au portage des huîtres jusqu'aux années 1960 avant d'être tirée au sec dans un hangar à La Teste.
Le chantier a débuté en septembre 2024. Nos bénévoles — une dizaine de personnes dont plusieurs anciens charpentiers de marine et des amateurs passionnés — se sont retrouvés chaque samedi matin sous le préau du port d'Andernos. La première phase a consisté à consolider la structure : remplacement des membrures défectueuses en chêne de Gascogne, recalafatage soigné du bordé avec de l'étoupe et du brai végétal selon les techniques traditionnelles. Pas de résine époxy, pas de raccourcis. Le choix de matériaux et de méthodes authentiques est une ligne directrice de toutes nos restaurations.
« Mon grand-père partait à l'aube avec elle. Je me souviens de l'odeur du brai et du bruit de la coque sur l'eau. »
La deuxième phase, menée entre janvier et mars 2025, a porté sur le bordé neuf côté tribord. Trois virures ont été entièrement refaites à partir de planches de pin maritime issu d'une scierie de Mios. Le pin des Landes, souple et résistant à l'humidité, est le matériau d'origine de la quasi-totalité des pinasses du bassin. Le voir travailler sous les mains de nos bénévoles, prendre la courbe du gabarit, c'est une leçon d'histoire industrielle vivante.
La mise à l'eau de La Buch a eu lieu le 17 mai 2025, devant une cinquantaine de personnes réunies sur le ponton du port. La famille Deyres était présente. Marie Deyres, petite-fille du dernier propriétaire ostréiculteur, n'avait pas revu l'embarcation depuis son enfance. « Mon grand-père partait à l'aube avec elle. Je me souviens de l'odeur du brai et du bruit de la coque sur l'eau », a-t-elle confié, visiblement émue.
La Buch sera désormais utilisée lors de nos journées de sensibilisation avec les écoles et lors des régates patrimoniales organisées chaque été sur le bassin. Elle n'est pas un objet de musée : elle navigue, elle transmet, elle vit. C'est exactement ce à quoi sert la Méridienne — maintenir vivant ce que les archives seules ne peuvent pas restituer.
Si vous souhaitez participer à nos prochains chantiers de restauration ou soutenir l'acquisition de matériaux, contactez-nous via le formulaire de bénévolat. Le prochain chantier démarrera à l'automne sur une yole de pêche des années 1950, dont la restauration sera également documentée en vidéo pour nos archives numériques.
Cette chronique a été rédigée par l'équipe de Méridienne à partir des rapports de chantier et des témoignages des bénévoles présents. Le dossier complet de la restauration (relevés de formes, photographies de chantier, rapport technique) est versé aux archives de l'association et accessible sur rendez-vous.